Bonjour et bienvenue dans mon petit univers !

Je m'appelle Orianne, j'ai 38 ans. Je vis à Boussy Saint Antoine, dans le 91. Je me déplace souvent en Bretagne, du côté de Dinan.

Inspirée par les contes et légendes, la culture celte, les mondes merveilleux, j'espère réussir à vous transporter dans un univers onirique et féerique. Je m'attache à mettre en scène vos idées, vos envies de magie du mieux que je peux !


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A bientôt !




vendredi 22 novembre 2013

Belfast

Aujourd'hui, un article un peu différent. Pas de photo, mais je vais vous parler d'une autre de mes passions : l'Irlande. 
J'ai eu la chance que mon chéri m'emmène en Irlande du Nord ce week-end. 

L'Irlande du Nord, l'Ulster, est une province anglaise sur une terre irlandaise. Pour faire simple, en 1919, lors de la déclaration d'indépendance de l'Irlande, le gouvernement britannique a refusé de céder cette province du nord de l'île. En effet, il voulait garder la mainmise sur des gisements de minerai de fer, et une industrie textile et navale florissante ( Belfast est la ville où a été construit le Titanic ). 

Très vite, des séparations, des heurts sont apparus entre les Catholiques / Républicains / pro Irlande et les Protestants / Unionistes / pro Grande-Bretagne. Les Catholiques se sont peu à peu vus confrontés à des discriminations à l'embauche, pour se loger, au profit des Protestants. 
Ces difficultés ont atteint leur apogée entre 1969 et 1998, et sont connues sous le nom de "Troubles". 
Les deux clans se sont affrontés à  coup de fusillades, attentats, bombes etc. Des peintures, surtout sur les murs des quartiers de Shankill Road et Falls Road, retranscrivent cette histoire tourmentée. C'est d'ailleurs une des particularités qui font l'intérêt de Belfast.


Il y a deux ans, nous avions fait un tour très rapide de ces quartiers, sans vraiment savoir où aller, sans avoir conscience de l'histoire, ou plutôt des histoires dans l'Histoire. Nous avions erré au hasard des rues, sans même trouver le Mur de la Paix.
Cette fois-ci, nous avons donc décidé, malgré un anglais un peu hésitant, de visiter et découvrir l'histoire de ces quartiers au travers d'une visite en Black Cab, les Taxis Noirs. Au plus fort des Troubles, les services de bus ont pour la plupart été stoppés, car les bus étaient détournés, entre autre pour servir de barricades. Un service de taxis s'est alors mis en place pour que les habitants puissent continuer à se rendre à leur travail et garder une vie sociale. Les gens se partageaient les taxis un peu comme un bus. Encore de nos jours, il n'est pas rare de voir des taxis déjà en service s'arrêter pour prendre d'autres passagers. 

Bref, nous avons donc fait cette visite avec Joe, notre taxi. Joe est catholique, et a grandi dans les quartiers ouest de Belfast, au cœur d'une des zones les plus sensibles. Et c'est là que les touristes que nous sommes prenons une bonne claque. 

Au cœur des Troubles, Joe a fait partie de ces taxis qui suppléaient aux bus. La visite est donc "personnalisée", chaque guide ayant ses propres souvenirs, sa propre expérience à raconter. Et la visite avec un guide Protestant, de "l'autre clan", apporte très probablement un autre éclairage sur les événements. 

Pour sa part, Joe a lui-même été victime de tentatives d'assassinat, de part sa fonction de chauffeur de taxi Catholique ( la West Belfast Association a payé un lourd tribut ). Avant de se coucher, Joe clouait une planche de bois au bas de sa porte, en prévention d'intrusions, et gardait toujours un marteau sous son lit et des armes près de lui. Il a évoqué ces "escouades de la mort", des Protestants armés jusqu'aux dents, qui débarquaient dans les pubs et mitraillaient tous ceux qui s'y trouvaient. Ou encore l'assassinat "pour l'exemple" de cet homme œuvrant pour la réconciliation en travaillant auprès de jeunes Catholiques et Protestants qu'ils tentaient de réunir. 

Pour en revenir à la visite en elle-même, au delà des fresques et de l'anglais à l'accent très prononcé, le plus fort, le plus marquant n'est pas le plus visible. 
Les traces laissées par des balles sur les façades des maisons ne se voient pas si on ne s'arrête pas devant.
Les plaques commémoratives dans presque chaque rue sont si discrètes que l’œil ne s'y arrête pas par hasard.
Les grilles devant les portes d'entrée ne retiennent pas plus l'attention que ça.
Les Jardins du Souvenir, nombreux, sont eux, un peu plus visibles.
Tout comme les portes de passage d'un quartier à l'autre, le long de Mur de la Paix, qui ne sont pas sans rappeler les check-point d'un autre mur tristement célèbre.


Et pourtant, c'est tout ça qu'on prend en plein cœur. C'est cette école protestante en plein quartier catholique, où aucune attaque n'a été perpétrée, et cette autre école, catholique dans un quartier protestant, où les enfants étaient hués, injuriés, caillassés. C'est ce pub entièrement grillagé, encore aujourd'hui, où a eu lieu une fusillade. Ce portrait de Bobby Sand, mort d'une grève de la faim en 1981. Et tant d'autres choses encore. 

Il n'est absolument pas question de prendre parti, de définir les bons et les méchants. Je pense qu'il n'y en a pas vraiment. Mais il est vrai que les représentations sur les fresques laissent songeurs. Côté catholique, des messages de paix, optimistes, des colombes, des visages souriants. Côté protestant, des fresques beaucoup plus guerrières, dont une, particulièrement dérangeante, je trouve : un sniper cagoulé, arme au poing. Que l'on soit face à lui ou sur les côtés, on se trouve dans sa ligne de mire...

Je trouvais dommage que les fresques, témoignages historiques, soient peu à peu recouvertes par de nouvelles. Pour moi c'était une façon de nier cette partie de l'Histoire. Mais finalement, ce genre de peintures, oui, je comprends qu'on veuille les oublier. D'ailleurs, lors de notre arrêt devant ces fresques du quartier protestant, nous sommes descendus du taxi, mais nous ne nous sommes pas approchés. Joe semblait plus nerveux, mal à l'aise, comme s'il guettait quelque chose. Nous sommes rapidement repartis  vers le quartier catholique. Même si aujourd'hui la situation s'est apaisée, il reste quelque chose de lourd dans l'air. 

Nous nous sommes ensuite arrêtés devant un mur regroupant les portraits de centaines de Catholiques assassinés. Des civils, des défenseurs des droits de l'Homme... Voir tous ces noms et la mention "MURDERED" ( assassiné ) suivi d'une date... Ca se passait hier, à notre porte... Le dernier assassinat officiellement reconnu comme lié aux Troubles date de 2002, malgré les accords de 1998. 


Le retour a été un peu dur. C'est un peu comme le feu. On sait que ça brûle, mais tant qu'on n'a pas mis la main dedans, on n'en a pas vraiment conscience. Là on y a mis les 2 mains. Et c'est difficile à accepter. 

Quelques chiffres effarants, pour terminer. Entre 1969 et 1998, les Troubles sont à l'origine de :
- 35 669 fusillades
- 10 142 explosions
- 3 289 personnes tuées, 42 216 blessées. 

(Source: Sydney Elliott & W.D. Flackes, Northern Ireland: A Political Directory 1968-1999, Belfast, The Blackstaff Press, fifth revised and updated edition, 1999, pp.681-687)


Je n'ai pas pris de photo durant ce tour, par pudeur, par respect. Si les fresques vous intéressent, vous en trouverez pleins en faisant une recherche internet. J'ai d'ailleurs trouvé un blog assez complet, sur les fresques, avec quelques explications : http://muralsirlandedunord.over-blog.com/


Voilà... J'espère ne pas trop vous avoir plombé le moral... Je vous remercie d'ailleurs si vous m'avez lue jusqu'au bout. 
Je crois que j'avais besoin de mettre tout ça par écrit, de le partager, pour que ça cesse de me tourner dans la tête.

Edit du 07.01.2014 :
Voici un autre blog superbe. Des récits de voyage, de sublimes photos, et bien sûr si j'en parle ici, quelques très beaux articles sur l'Irlande : http://www.madame-oreille.com/blog/ 


Promis, le prochain article sera peuplé de gentilles et jolies sorcières    :-) 

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